L'éducation, mais à quel prix ?

Publié le par lostinseoul.over-blog.com

educ1.jpgQuand on est expat en Corée, on fait obligatoirement partie d'une de ces 4 catégories : militaire, professeur, étudiant ou envoyé par son entreprise/pays. Il doit bien exister d'autres catégories, mais je n'ai pas encore rencontré de gens qui pourraient y appartenir.

Quand on me demande ce que je fais, et que je réponds que j'enseigne l'anglais et le français, on me rit souvent au nez. D'abord, y a-t-il des coréens qui veulent apprendre le français ? Et parce que je suis française, pourquoi enseignerai-je l'anglais ? Et bien si, c'est possible. Le français est une langue très populaire ici, d'autant plus que le prestige de notre nation s'étend jusqu'au pays du matin calme ! Et puis, enseigner l'anglais est un bien grand mot. Beaucoup de coréens parlent très bien l'anglais, mais ont peur de le pratiquer, peur de s'embarrasser en public, tout en sachant qu'il est indispensable de le maîtriser. Généralement, ils n'ont pas envie de l'apprendre, mais ils le font parce qu'ils doivent le faire : c'est en effet un important critère de recrutement pour les universités et grandes entreprises. Alors ils n'hésitent pas à payer des étrangers juste pour converser avec eux... Ce qui est mon cas. On estime que les sud-coréens dépenseraient entre 10 et 15 milliards de dollars pour apprendre l'anglais, souvent dans les Hagwons, ces centres de langues qui fleurissent dans Séoul (près de 10.000).

 

080324_p1_top.jpgPour moi, c'est une solution parfaite : passer du temps chaque semaine avec des Coréens et échanger sur des thèmes culturels. Ils sont très curieux de l'Europe et de nos manières de vivre, et réciproquement. C'est donc l'occasion rêvée d'en savoir plus sur le pays. Et récemment, j'ai passé quelques heures à discuter de l'éducation en Corée.

C'est un sujet d'inquiétude et de préoccupation ici pour toutes les générations. D'abord, parce qu'étudier ouvre les portes de l'emploi mais c'est aussi signe de richesse. Car l'école coûte cher, très cher. La génération des parents se sacrifie pour l'éducation de leurs enfants, et commencent même à économiser avant même leur naissance, sans oublier qu'à côté, il faut souvent épargner pour l'achat d'un appartement, également hors de prix à Séoul. Alors qu'en Europe, les étudiants empruntent eux-mêmes, c'est ici un devoir qui revient aux parents. Mais pour les enfants, c'est aussi beaucoup de sacrifices et de pression, avec de longues journées, un emploi du temps de ministre, peu de sommeil et beaucoup de devoirs.

 

47473_des-meres-de-lyceens-coreens-a-une-reunion-avec-les-p.jpgCe qui est en Europe beaucoup moins développé, devient quasiment systématique : les cours du soir. Les parents doivent non seulement payer l'école, faire des heures sup, mais généralement engagent des tuteurs pour parfaire certaines disciplines. Ce système éducatif reflète tout à fait la mentalité des sud-coréens : dévotion totale au travail, études, puis emploi et famille. Ce n'est donc pas une surprise d'apprendre que la Corée du Sud est le pays de l'OCDE où les familles dépensent le plus pour l'éducation de leur enfant, n'hésitant pas à emprunter sur des années, travaillant jusqu'à 70 ans et plus.

Le "Gwageo", sorte de baccalauréat, montre à quel point on peut être obsédé par la réussite scolaire. Se déroulant au mois de Novembre, c'est presque une affaire d'état. Le but pour les élèves est de décrocher une place dans les universités les plus prestigieuses du pays. Cet examen est l'aboutissement d'années de travail et de cours de soir. Ce jour-là, des entreprises décalent d'une heure l'horaire d'ouverture pour éviter les embouteillages (klaxons interdits), afin que les élèves n'arrivent pas en retard. La police est chargée d'accompagner les retardataires, et les avions de l'armée de l'air ont interdiction de voler au-dessus des centres d'examens.

 

Attention, tout cela ne veut pas dire que leur système éducatif est plus performant que le nôtre : il est seulement différent. Les sud-coréens utilisent beaucoup de QCM dans leurs devoirs, et se basent beaucoup sur le "par-coeur", pour délaisser la réflexion. Egalement, le manque d'initiative et de prise de parole : on se fond dans la masse, on ne cherche pas à se distinguer. Sans doute l'influence confucéenne : un énorme respect pour le "seonsengnim", le professeur, mais interactions limitées. Je peux m'en apercevoir à chaque cours et je ne m'y habitue pas : malgré le fait que je sois beaucoup plus jeune que mes élèves, je bénéficie d'un grand respect, à cause de mon "statut" de professeur de langues, alors qu'ils sont tous pour la plupart managers, médecins ou architectes. Et je dois à chaque fois combattre leur timidité, détendre l'atmosphère car ils sont paralysés à l'idée de parler, débattre ou exprimer une opinion dans une langue étrangère devant moi et leurs collègues.

L'autre grand inconvénient du système éducatif coréen, c'est qu'il est très discriminant, car très hiérarchisé et hors de prix. Pour l'école de médecine, c'est plus de 15.000 euros par année. Tout dépend du secteur et de l'université choisis, mais les plus prestigieuses comme Yonsei ou Korea University n'hésitent à prélever plus de 5.000 euros par semestre. Beaucoup cherchent donc à entrer à la SNU (Seoul National University, la mienne ^^!) car c'est une des rares universités financées par le gouvernement, avec la meilleure réputation. Bref, le coût des études explique en partie le taux de suicide élevé chez les jeunes, ainsi qu'un taux de natalité extrêmement faible. Heureusement, le gouvernement cherche des solutions pour améliorer le système éducatif, car souvent quantité n'est pas synonyme de qualité !

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