Les petites joies de l'expat qui ne sait pas parler coréen

Publié le par Lost in Seoul

Oui, il est plutôt facile d'habiter en Corée sans parler la langue...en général. Evidemment, après 3 mois de cours de coréen à Séoul, je suis toujours loin de la pratique courante. Demander son chemin, commander au restaurant, décrire la météo d'aujourd'hui et hier, se présenter rapidement, écrire et lire et puis ça s'arrête à peu près là. Alors on se débrouille comme on peut : on parle (beaucoup) anglais, on parle (beaucoup) avec les mains, on abuse des gesticulations quitte à se faire passer pour un occidental pas très net, on compte aussi (beaucoup) sur l'aide de nos amis coréens qui se plient souvent en quatre pour nous aider, etc... Mais parfois, ils ne sont pas là, on essaie de s'en sortir sans eux, et là... la frustration nous guette. C'est souvent pour des situations très banales que l'on s'énerve rapidement : ce qui nous prendrait 5 min dans notre belle province peut prendre des heures ici.

 

Il y a d'abord eu la situation où la machine à laver est tombée en panne. Que fait-on dans cette situation-là ? On appelle le plombier évidemment ! Mais allez appeler un plombier coréen et lui expliquer que votre machine LG de tel modèle, telle année a fui la nuit dernière, le robinet d'eau a éclaté sous la pression, a inondé votre salle de bains et que depuis, vous n'arrivez pas à remettre en place le tuyau d'alimentation car il vous manque un tournevis et une clé à molette. Alors, on appelle la précieuse amie coréenne qui parle anglais et donc comprend votre situation, et qui appelle le plombier pour vous. De même quand la box ne marche plus : plus d'internet, plus de télé (adieu bbc world et cnn, vous êtes condamnés à écouter les news à la radio...en coréen), donc plus de communications avec les amis, famille restés dans l'hexagone, imaginez ! Mais la dernière situation assez mémorable (on en rigole après), c'est essayer de commander une pizza en ligne.


C'est dimanche soir, il a plu tout le week-end non-stop (la saison des pluies a bel et bien commencé), un vrai temps de chien. Le dimanche matin, je suis quand même sortie faire des courses à pied à l'épicerie du coin, en revenant complètement trempée, afin de préparer un bon repas à un ami coréen venu me rendre visite le midi. Mais le soir, les amis n'ont pas envie que je cuisine pour eux : c'est pizza + film à la maison. Enfin, c'est le plan... Pas trop compliqué, en apparence. Bon, il y a bien Domino's pizza ou Papa Johns qui délivrent les pizzas à domicile, mais ça coûte cher : 15-20 euros la pizza normale. Par contre, il y a Pizza School, une franchise coréenne qui font des pizzas délicieuses entre 5.000 et 10.000 Wons (entre 3 et 7 euros). En revanche, ils ne délivrent pas à domicile : il suffit d'appeler et d'aller chercher la pizza dans le magasin le plus proche. Ca tombe bien, il y a une accalmie : Séoul attend le typhon d'une minute à l'autre. Avant la grosse averse de 2 jours prévue, il y a toujours une période plus ou moins courte où il arrête de pleuvoir. Le calme avant la tempête, en gros. Bon, je suis la seule à lire le coréen, donc je vais sur le site internet de Pizza School et passe un bon quart d'heure à déchiffrer le menu et à localiser la branche la plus près de la maison. Ah, selon le plan donné sur le site, il y en a une tout près, genre à 5-10 minutes à pied. J'appelle le numéro, une jeune femme répond, elle ne parle pas anglais. Je parle petit chinois pour commander: "pepperoni pizza : one - bulgogi pizza : one. OK ?" Elle me répond : "15 minutes d'attente". Parfait, je lis le plan une dernière fois, tout en coréen et sors, profitant de l'accalmie. Après 20 minutes à pied, je n'ai toujours pas trouvé Pizza School. Je rentre dans plusieurs magasins en demandant "Pizza School ?" et ils me regardent tous soit avec des grands yeux, soit rigolent en douce, soit carrément m'ignorent. Je suis furieuse, je fais toutes les rues aux alentours et après une demi-heure dehors, je dois abandonner et rentrer à la maison bredouille, surtout que les premières gouttes commencent à tomber et que j'ai oublié mon parapluie...

 

Les copains sont déçus, moi encore plus, songeant aux 2 bonnes pizzas toutes prêtes qui nous attendent et qui vont sûrement terminer à la poubelle à cause d'un plan mal lu et d'une traduction foireuse. Je propose de cuisiner, j'ai de quoi faire de bonnes spaghettis mais les ricains n'en veulent pas. D'unisson, ils proposent d'essayer le McDelivery, quelque chose que je n'ai vu qu'en Asie : du McDonald's livré à domicile ! Je ne suis vraiment pas entousiaste, ça ne me dit rien, mais la loi du groupe l'emporte : je suis en minorité et je ne vais pas me cuisiner mes pâtes seule dans mon coin. Alors, je me remets à mon ordinateur, déchiffre le menu encore une fois en coréen avant d'appeler le numéro indiqué : je dois répéter l'adresse au moins 4 fois avant qu'ils comprennent ce que je viens de dire. Et là, "40 minutes d'attente pour la livraison" : je traduis aux copains en disant "on laisse tomber ? je vous fais mes pâtes ?". Mais non, rien à y faire, je ne peux pas rivaliser avec la bonne junk-food américaine qu'ils s'imaginent déjà en train de manger. Tant pis si ça veut dire qu'on mangera à 22h. Tant pis si j'aurai eu le temps de cuisiner 3 fois des pâtes.


Presque 2 heures de perdues juste pour ne pas savoir parler la langue, ne pas pouvoir lire un foutu plan, et surtout céder face à la détermination des américains de manger leur horrible nourriture. La cerise sur le gateau ? Le McDonald's est arrivé froid à domicile, les frites avaient une texture de carton et le coca-cola n'avait plus de bulles à cause de la quantité de glaçons. Bon appétit !

 

ps : c'est moi qui ait choisi le film, un français (Le Concert) et ça, au moins, c'était de la qualité !

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plombier paris 14/02/2015 17:17

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Cordialement